Cette semaine, je suis partie en vacances, avec Claire. On a fait plein de trucs, on a visité Londres, qu'on connaissait déjà toutes les deux un peu, on a traqué les étudiants d'Oxford dans leurs costards, et on a suivi les traces de Robin des bois à Nottingham. On a rencontré des gens, aussi. A Londres et à Nottingham. A Oxford, on a rencontré un bar à cocktails. J'y ai vu un mec chou qui lisait American Gods, aussi. Mais c'est une autre histoire.

A Londres, j'ai rencontré Ours. Un pote à Marine, qui m'a fait signe à l'arrache sur facebook. Genre hey, je suis à Londres, si t'as moyen de passer d'ici mercredi. Tout ça. J'ai moyenné. On s'est vus. On a bu quelques pintes de cidre dans quelques pubs - je me remets toujours pas de ce cidre fraise-citron, d'ailleurs. On a mangé chinois à Chinatown, en se basant sur la beauté des serveurs pour savoir si on allait entrer dans le resto ou pas. J'avoue, c'était mon idée. Nan, on entre pas, il est moche. Elle est moche. Trop vieux. On a refait la rue dans l'autre sens, et puis Morgan, le poteau de l'Ours, il nous en montre un, et demande ce qu'on en pense. Très bien, un des serveurs est charmant. Je l'ai dit à voix haute, sans faire gaffe. Un des avantages de parler pas-la-langue du pays où on se trouve. Je me souviens plus exactement de ce qu'on a mangé, mais le pain frit au sésame a marqué mon esprit. Après ça, on s'est perdu dans Londres pendant une petite marche digestive, et on a erré ensuite pour trouver un pub encore ouvert à 23h30. Quand on en a trouvé un, on a commandé, et ils nous ont presque jetés dehors après. On a erré encore un peu, puis on est partis, Ours de son côté, et Claire de moi du nôtre. Avec Claire, on a attendu un bus qui n'est jamais venu. Puis un autre, qui n'est jamais venu non plus. Alors on a pris un taxi. C'était pas trop cher, et puis on avait froid. On est arrivées saines et sauves à notre auberge. Où nous attendait...

Quelqu'un qui mérite tout un paragraphe. Enfin. Un dortoir mixte, rempli d'américains. Mâles. Cinq d'entre eux étaient jeunes et faisaient un voyage autour de l'Europe. Partaient le lendemain, vers de nouveaux horizons (ils rentraient chez eux, quoi). Et l'autre. Il nous a accueillies avec un OH, des filles, vous avez du dissolvant, pas vrai? Non, non, pas systématiquement sur nous, désolées. Mais ouais, il s'était fait les ongles, portait de l'eye-liner, et probablement du rouge à lèvres. Il nous a tenu la jambe pendant des plombes. Nous a montré les cadeaux qu'il avait achetés pour sa femme. Qui est aux Etats-Unis, et qui ressemble à Claire - mais pas - et qui n'a rien du tout contre le fait qu'il ait des maîtresses, regard suggestif. Il nous a raconté qu'il était entré à l'université à 14 ans, qu'il aurait pu entrer à Yale, Harvard, Princeton ou au MIT, mais que finalement, il a préféré une université plus tranquille. Où il a été diplômé de ses études de médecin à 22 ans. Qu'il a fait deux attaques pendant l'année, et que pendant une, il expliquait aux ambulanciers quoi faire pour lui sauver la vie. Et d'habitude, il parle pas autant, il comprend pas comment ça se fait qu'il parle tellement, c'est qu'il doit être à l'aise avec nous. Il s'appelle Clinton Prénom Prénom Prénom Eastwood. Appelez-moi Clint. Clint Eastwood, hein. Ha. Ha. Il nous a lâchées finalement, pour sortir, rejoindre les autres américains qui ne l'avaient pas invité. Nous, on était fatiguées, et on s'est dit qu'il valait mieux dormir, quand il reviendrait, au cas où il aurait encore envie de parler. Le lendemain, les étudiants américains étaient partis. Clint, pas. On a flippé de se retrouver seules avec lui.

Alors on a demandé à la réception si d'autres personnes venaient dans la chambre. Mais non, haha, pas de bol. On peut changer de chambre, alors? On est seules avec... Ah, le type bizarre. Ils le connaissaient, l'avaient repéré. L'ont viré de l'auberge aussi. Il voulait prolonger son séjour. D'un mois. Ils lui ont dit qu'ils étaient complets. Mais il serait encore là cette nuit. On va vous changer de chambre, alors. Ils nous ont changé de chambre. On est remontées, pour refaire nos sacs. Evidemment, il était là. On lui a dit qu'on avait rejoint des copains, dans une autre chambre, histoire de pas trop le vexer. Il s'est senti obligé de commenter sur le fait qu'on se préparait, genre, omg, elles mettent des COLLANTS. Il aimerait porter des collants. Je me souviens pas bien, ce passage est un peu flou, parce qu'une image a pris toute la place dans ma mémoire. Je m'en passerais bien, merci. Il voulait nous montrer comment il était imberbe. Et pour ce faire, il a viré son t-shirt. J'ai pas aimé la vue. Du tout. Et il a paradé, torse-pas-poil pendant un quart d'heure, sous nos nez, et nos moues vaguement euh. Dégoûtées. On a essayé d'être gentilles pour pas le froisser. Oh, et. Il a des tatouages. Il a jamais rien connu d'aussi douloureux de toute sa vie que quand on lui a arrêté le coeur. Mais les tatouages viennent seconds sur la liste. Et pourtant il a un rapport bizarre à la douleur, il la ressent moins que les autres. La preuve? Il s'est endormi pendant qu'on le tatouait. Mh hm. Faudrait savoir, un coup ça fait mal, un coup il s'endort. Bref. On était contentes de pouvoir quitter la chambre. Et lui avec.

Arrivées dans l'autre chambre, on s'est fait accueillir par un type - oui, encore un dortoir mixte. D'où on vient? De France. Ah, il parle français. Et il nous explique. Il vit en Suisse. Il est rital, mais vit en Suisse, et parle français. Il est à Londres avec un poteau rital, pour chercher un appart et un boulot. On a bien parlé avec lui, c'était chouette. Ca a duré un moment, et puis on est parties, parce qu'on devait reretrouver Ours. A Camden, cette fois. Un autre type, rencontré à l'auberge, pendant qu'on mangeait le repas de midi, nous y a suivies. Un type gentil, un peu boulet, qui s'appelle Jipé. Jean quoi, on ne l'a jamais su. On l'a perdu peu après être arrivés à Camden. On n'a pas fait exprès, mais au final, ça nous a bien arrangés, on accrochait pas trop. On a trouvé un magasin futuristico-techno-punk-années-2000. Avec des fringues absurdes et improbables, encore plus que ce qu'on peut trouver d'habitude à Camden. On était mort de rires, et en même temps, impressionnés. Au sous-sous-sol, c'était le coin adulte. Où, évidemment, on a regardé la plupart des trucs avec une morbide fascination. Beaucoup étaient des petites boîtes colorées, ornées d'un dessin manga, et de plein de signes en japonais. On n'a pas compris ce que c'était. Mais si mes souvenirs sont bons, une jeune fille était couvertes de tentacules, sur l'une des boîtes. Je crois que c'est mieux pour notre équilibre mental, qu'on n'ait pas su ce qu'il y avait dans ces boîtes.

Après, Ours est parti. Claire et moi, on est restées, on a traîné. Et le lendemain, on y est retournées avant de partir, parce qu'on avait vu un t-shirt sur lequel on a toutes les deux flasché. Il était débile, mais chouette. On l'a pas retrouvé. Mais on s'avouera pas vaincues. On reviendra à Londres, à Camden, on retrouvera le stand, et on achètera ce foutu t-shirt. Non mais.

Et puis on est parties vers Oxford. Mais ça, c'est une autre histoire.